29 janvier 2011

Dodo


Contes à dormir debout



"...la parole du conteur, c'est le son de sa gorge, mais aussi sa sueur, les roulades de ses yeux, son ventre, les dessins de ses mains, son odeur, celle de la compagnie, le son du ka et tous les silences. Il faut y ajouter la nuit autour, la pluie s'il pleut, les vibrations silencieuses du monde."  

 Solibo Magnifique, Patrick Chamoiseau.


 
Conteur sur la  place Djemââ  El  Fna
Marcel VICAIRE
 


DE LA REALITE AU CONTE

Le conte - Définition et fonction dans la société.

Le conte est un récit de fiction généralement assez bref qui relate au passé les actions, les épreuves, les péripéties vécues par un personnage (ou parfois un groupe de personnages). Ce qui distingue d'emblée le conte des autres formes de récit, c'est sa "fictivité avouée" (l'expression est de Michèle Simonsen): l'histoire racontée se déroule dans un autre temps (la narration se fait toujours au passé) et un autre lieu que ceux où prennent place le conteur et le destinataire. Les célèbres formules comme "Il était une fois" ou "En ce temps-là" qui ouvrent un grand nombre de contes suggèrent d'entrée de jeu la distance qui sépare l'univers du conte et notre monde, la fiction et le réel. Cet univers est la plupart du temps indéterminé, c'est-à-dire que les temps et les lieux sont rarement évoqués avec précision; l'actualisation reste vague, de sorte que le conte donne l'impression de se situer en dehors du monde actuel (le roman au contraire cherche à s'inscrire dans le monde actuel en y situant l'histoire racontée, et la nouvelle est encore plus ancrée dans le présent des interlocuteurs).
Parmi les autres caractéristiques par lesquelles le conte s'affirme comme fiction, il y a les invraisemblances de toutes sortes. Dans le conte, tout est possible: un personnage peut dormir cent ans, les objets peuvent être doués de pouvoirs, les êtres faibles peuvent triompher du Mal, etc. Les lois qui régissent l'univers des contes ne sont pas toujours les mêmes que celles qui régissent le monde réel. C'est pourquoi l'on a pu dire que le conte est une "forme close" (Georges Jean). En outre, les personnages sont monolithiques, unidimensionnels, ils n'ont aucune profondeur ou densité; ils ne sont pas vraisemblables puisqu'ils n'ont pas la complexité du réel. Si le conte est un récit objectif, c'est en ce sens que le narrateur ne cherche pas à y inscrire sa subjectivité.
L'univers du conte est manichéen, formé d'oppositions simples (procédés: énantiose, contraste, caricature). La construction des contes est en général très simple: grande lisibilité, texte accessible à tous.
C'est un genre optimiste: la plupart du temps, le conte finit bien. Il présente une vision rassurante du monde, d'où l'impression que le conte s'adresse aux enfants. Mais le conte est souvent cru et violent: il y a des meurtres (ex. l'Ogre qui mange les enfants), des combats, des souffrances physiques et morales décrites sans détour, etc. Il arrive même que le conte se termine mal (par exemple, le Petit Chaperon rouge). C'est seulement depuis le XVIIe siècle en France que les contes sont destinés aux enfants. Dans les sociétés traditionnelles, les contes s'adressent aux adultes. Dans les souks, par exemple, des conteurs attitrés s'entourent régulièrement d'auditoires d'hommes et de femmes.
Malgré sa "fictivité avouée", le conte s'inscrit dans une communauté: il est marqué par les valeurs et les codes qui la caractérisent. Il est issu de la tradition populaire: plusieurs de ses éléments appartiennent à la mémoire collective (on a longtemps dit que le conte était fait par et pour le peuple, et le fait que les contes soient identifiés à des auteurs précis est relativement récent; longtemps le conte a été anonyme, il appartenait en quelque sorte à tous). C'est ce qui explique que le conte comporte souvent un aspect moral, voire didactique: le conte s'adresse aux membres de la communauté et cherche à édifier (pas seulement les enfants). Il y a des contes qui relèvent de la fonction étiologique: ils expliquent les merveilles et les horreurs du monde aux auditeurs (c'était le cas plus encore dans le mythe). Par exemple, Histoire d'une graine de calebasse débouche sur "d'où viennent les continents et les mers". Pour les jeunes, le conte reçoit par là une fonction initiatique, mais cette théorie ne fait pas l'unanimité.
Les fonctions didactiques ne prennent jamais le pas sur la fonction ludique: on écrit et on dit un conte pour divertir, pour amuser. Les personnages pittoresques ou grotesques, les lieux imaginaires ou idéalisés, les épreuves du héros, tout dans le conte vise à permettre au lecteur ou à l'auditeur de s'évader du quotidien banal (c'est pourquoi on a souvent parlé de la magie du conte).
Le conte est associé aux loisirs d'une société (en général traditionnelle): c'est un divertissement. Le rôle social du conte, c'est de cimenter la communauté. Dans la plupart des sociétés, le conte est une activité sociale: on organise des veillées de contes, des compétitions de conteurs devant un public, etc. Le conte populaire est un récit oral et beaucoup de contes n'existeront que sous cette forme, avant de disparaître: seuls quelques contes, en Afrique, sont passés à la littérature. Ils reçoivent alors un encadrement énonciatif (mise en scène de l'auditoire, prologue destiné à établir le silence. En Occident, il y a des contes écrits, sans encadrement, mais ils sont destinés à la jeunesse, le plus souvent. Un lien subsiste avec le didactique et le ludique, par exemple dans les contes de Noël.




 Le DODO

 







Carré, qui vint à Bourbon en 1608, a laissé des renseignements plus précis. Il le distingue pour la première fois sous le nom de Solitaire qui lui est resté.

" J'ai vu dans ce lieu une sorte d'oiseau que je n'ai point trouvé ailleurs c'est celui que les habitants ont nommé l'oiseau solitaire parce qu'effectivement il aime la solitude, et ne se plait que dans que dans les endroits les plus écartés ; on en a jamais vu deux ni plusieurs ensemble ; il est toujours seul. Il ne ressemblerait pas mal à un Coq d'Inde, s'il n'avait point les jambes plus hautes. La beauté de son plumage fait plaisir à voir.


C'est une couleur changeante qui tire sur le jaune.  

La chair en est exquise : elle fait un des meilleurs mets de ce pays là et pourrait faire le délices de nos tables. Nous voulûmes garder deux de ces oiseaux pour les envoyer en France et les faire présenter à sa majesté ; mais aussitôt qu'ils furent dans le vaisseau, ils moururent de mélancolie, sans vouloir ni boire ni manger."
 














Le Dodo
Conte
Yannick Jaulin





"Il ne court pas, il ne vole pas, le dodo piète. Le dodo grossit sur l’archipel des Mascareignes au XVIe siècle. L’animal disparaît presque aussi vite qu’il est découvert. Il engendre aussitôt une mythologie littéraire considérable. Sur scène, en patois, un conteur raconte l’aventure de ce drôle d’oiseau et, à travers elle, la fin d’une île sans prédateur, d’une culture originelle et d’un goût pour la gentillesse tombé en désuétude. Mais un autre conteur se lève, veut sauver l’animal, lui donner la parole au nom des espèces disparues. L’homme fait de la bête l’emblème d’un monde en perdition ; un monstre de symbole. Y a-t-il encore une place pour le dodo dans ce monde ? "










Alice au Pays des Merveilles - Extrait
Lewis Caroll
"J’allais proposer," dit le Dodo d’un ton vexé, " une course cocasse ; c’est ce que nous pouvons faire de mieux pour nous sécher."
" Qu’est-ce qu’une course cocasse ? " demanda Alice ; non qu’elle tînt beaucoup à le savoir, mais le Dodo avait fait une pause comme s’il s’attendait à être questionné par quelqu’un, et personne ne semblait disposé à prendre la parole.


 
Illustration par John Tenniel.


"La meilleure manière de l’expliquer," dit le Dodo, " c’est de le faire." (Et comme vous pourriez bien, un de ces jours d’hiver, avoir envie de l’essayer, je vais vous dire comment le Dodo s’y prit.)
D’abord il traça un terrain de course, une espèce de cercle (" Du reste," disait-il, " la forme n’y fait rien "), et les coureurs furent placés indifféremment çà et là sur le terrain. Personne ne cria, " Un, deux, trois, en avant ! " mais chacun partit et s’arrêta quand il voulut, de sorte qu’il n’était pas aisé de savoir quand la course finirait. Cependant, au bout d’une demi-heure, tout le monde étant sec, le Dodo cria tout à coup : " La course est finie ! " et les voilà tous haletants qui entourent le Dodo et lui demandent : " Qui a gagné ? "
Cette question donna bien à réfléchir au Dodo ; il resta longtemps assis, un doigt appuyé sur le front (pose ordinaire de Shakespeare dans ses portraits) ; tandis que les autres attendaient en silence. Enfin le Dodo dit : " Tout le monde a gagné, et tout le monde aura un prix."






METEO

Ma main, ouverte au ciel, reçoit dans sa paume la fraicheur du doux flocon blanc.
Tourbillons et rafales de vent.
Il neige.
Le monde environnant se transforme, lentement recouvert , effacement du quotidien.
 Une silencieuse torpeur ensevelit la campagne.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire