21 janvier 2011

Afrique magnifique

Emotion africaine

Ils sont là, silencieux, au bord du fleuve.
Le petit jour, encore grisé, ne laisse pas passer les rayons du soleil.
Ils attendent, immobiles, seul le grand fleuve mouvant s’irise des premières lueurs de l’aube.
Une grande jetée de bois, aux planches disjointes et aux piliers usés, s’avance sur l’eau.
En retrait, une petite plage sablonneuse longe la rive.
Plus loin, les premières maisons et les cases que l’on devine, cachées par le grand baobab et les doux acacias.
Lhomme est assis sur sa carriole et regarde le fleuve. Le petit cheval brun ne bouge pas.
Sur le sable, la femme est accroupie, son enfant ceint sur le dos. Le bleu indigo de son boubou et de sa coiffure éclaboussent le paysage. Tout est silence.
Première vision de lAfrique, dans un petit matin ensommeillé, pour moi voyageuse éblouie.
Et la vie a jaillit ;
Dabord, il y eut les cris et les chants des oiseaux.
Le soleil a coloré le paysage de rose doré.
Sont arrivés, les enfants et leurs troupeaux de chèvres et de moutons. Bêlements et voix se mêlent. Jeux au bord et dans le fleuve. . .
Sont arrivés les pêcheurs dans leurs grandes pirogues colorées, les hommes et les femmes prêts pour le départ à la ville, le cargo que l’on va décharger…
Insolente beauté!








Extrait du roman : «  L’enfant-pluie»  de Francis BEBEY


Deux personnages : un enfant Mwana et sa grand-mère Iyo.

« …. Elle me prend franchement dans ses bras et me caresse les cheveux en chantonnant un petit air et qui dit : «  Mwana, Mwana, ne fais pas mourir de rire ta grand-mère. Mwana, ta grand-mère ne sait pas lire. Ta vieille grand-mère ne sait pas écrire. Mais toi, Mwana, tu sauras lire et écrire. Comme ces blancs venus de l’ouest. Et même plus que ces gens venus du pays où le soleil se couche. Mais quand tu auras les yeux ouverts, Mwana, ne m’oublie pas. Car où que tu ailles, où que tu ailles, Mwana, je serai toujours ta vieille grand-mère qui t’aime. Mwama-ô, Mwama-ô, Mwana mien. Mwama-ô, Mwama-ô, Mwana mien. Ta vieille grand-mère qui t’aime. Mwama-ô, Mwama-ô, Mwana mien ».

Chant improvisé par une matinée pluvieuse. Souvenir impérissable. Tout l’amour de la terre en quelques phrases. Si j’avais un verre incassable, je l’emplirais en puisant à cette source qui disent vrai le bonheur comme si de rien n’était. J’écoute Iyo tous les jours depuis ce matin-là. Tout au long de ma longue route à travers le monde. A travers peuples et idées posées éternellement au beau milieu du temps qui souffre de mille injustices. Tous les jours de ma vie. La douce voix du vrai. De la lumière qui inonde le cœur et grandit avec l’enfant-pluie. Intense par delà les obstacles et les races et les traditions, et les superstitions et les volontés impures et l’orgueil vain des pouvoirs. Demain je disposerai mes narines dilatées face aux vents instruits venant des mers lointaines. J’avalerai des doses immenses de science et de pollution pour l’émancipation d’espèces humaines attardées sur la route du progrès. Je clamerai à tue-tête le sens idiot de mon savoir qui prétend me faire mieux vivre alors même que tous les miens sont morts. Je dirai au monde entier que je suis heureux parce que je sais lire, écrire et mettre des histoires dans la bible creuse de cultures codifiées. Et écrire des romans policés « lorsque vingt fois sur le métier » vous « remettez votre ouvrage ». On me prendra pour quelqu’un de bien. Mais mon insertion dans une société faite de travail et de peur et de mal de vivre et d’inutiles violences sera nulle et non avenue si, un seul instant, j’oublie ton chant frais comme une mangue mûre, ô toi, mère de ma mère, Terre de mon âme. »












"L'Afrique est de loin le continent le plus riche en pauvreté et en dictatures."
En attendant le vote des bêtes  sauvages-Ahmadou KOUROUMA




Je vous invite à lire: "En attendant le vote des bêtes sauvages'' d'Ahmadou KOUROUMA....



"Koyaga est le Général-Président de la République du Golfe, lune de ces ventrocraties qui pullulent sur le continent africain. Un potentat bien aimé de son peuple, pour sûr, et d'ailleurs tout le monde le sait: si d'aventure le peuple rechignait à le plébisciter, les bêtes sauvages elles-mêmes sortiraient de la brousse pour voter en sa faveur.

Mais voilà: Koyaga, grand initié de la confrérie des maîtres-chasseurs, totem faucon, vient de perdre les deux éléments mystiques qui assurent son pouvoir autocratique à la tête de la République du Golfe. Il n'est toutefois pas inquiet, car il sait ce qu'il doit faire pour récupérer son pouvoir. Son géomancien le lui avait dit: il doit faire dire son donsomana.

Un donsomana est une geste, un récit purificatoire dans la confrérie des maîtres-chasseurs malinkés. Le donsomana doit être dit par un sora, par un griot des chasseurs. Le répondeur du sora devra être un cordoua, c'est-à-dire un initié en phase cathartique, un bouffon, un pitre, un fou du Roi. Lorsque le sora et son répondeur cordoua auront raconté l'histoire de Koyaga, lui auront dit tous ses crimes, toutes ses forfaitures, lorsqu'il aura avoué tous ses méfaits, lorsque aucune ombre ne planera plus sur sa vie, Koyaga pourra alors sans problèmes récupérer les éléments mystiques malencontreusement égarés."




METEO

Morsure du froid sur mes mains,
Ciel grisé aux gros nuages blancs,
Vent du Nord.
Cris à l'intérieur.


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