25 janvier 2011

Feu

Feu de vie et de mort





" Le poète est voleur de feu"

Arthur RIMBAUD

Lettre à Paul Demeny
 (15 mai 1871)







Le feu


Mon Dieu, mon Dieu, cela ne s’éteint pas
Toute ma forêt, je suis là qui brûle
J’avais pris ce feu pour le crépuscule
Je croyais mon cœur à son dernier pas.
J’attendais toujours le jour d’être cendre
Je lisais vieillir où brise l’osier
Je guettais l’instant d’après le brasier
J’écoutais le chant des cendres, descendre.
J’étais du couteau, de l’âge égorgé
Je portais mes doigts où vivre me saigne
Mesurant ainsi la fin de mon règne
Le peu qu’il me reste et le rien que j’ai.
Mais puisqu’il faut bien que douleur s’achève
Parfois j’y prenais mon contentement
Pariant sur l’ombre et sur le moment
Où la porte ouvrant, déchire le rêve.
Mais j’ai beau vouloir en avoir fini
Chercher dans ce corps l’alarme et l’alerte
L’absence et la nuit, l’abîme et la perte
J’en porte dans moi le profond déni.
Il s’y lève un vent qui tient du prodige
L’approche de toi qui me fait printemps
Je n’ai jamais eu de ma vie autant
Même entre tes bras, aujourd’hui vertige.
Le souffrir d’aimer flamme perpétue
En moi l’incendie étend ses ravages
A rien n’a servi, ni le temps, ni l’âge
Mon âme, mon âme, où m’entraînes-tu ?
Où m’entraînes-tu ?

Aragon








Platon

Protagoras (Les Sophistes)
Traduction Émile Chambry






 
Codex Skylitzes Matritensis,
 Bibliothèque nationale de Madrid
XI. — Il fut jadis un temps où les dieux existaient, mais non les espèces mortelles. Quand le temps que le destin avait assigné à leur création fut venu, les dieux les façonnèrent dans les entrailles de la terre d’un mélange de terre et de feu et des éléments qui s’allient au feu et à la terre. Quand le moment de les amener à la lumière approcha, ils chargèrent Prométhée et Epiméthée de les pourvoir et d’attribuer à chacun des qualités appropriées. Mais Epiméthée demanda à Prométhée de lui laisser faire seul le partage. Quand je l’aurai fini, dit-il, tu viendras l’examiner. Sa demande accordée, il fit le partage, et, en le faisant, il attribua aux uns la force sans la vitesse, aux autres la vitesse sans la force ; il donna des armes à ceux-ci, les refusa à ceux-là, mais il imagina pour eux d’autres moyens de conservation ; car a ceux d’entre eux qu’il logeait dans un corps de petite taille, il donna des ailes pour fuir ou un refuge souterrain ; pour ceux qui avaient l’avantage d’une grande taille, leur grandeur suffit à les conserver, et il appliqua ce procédé de compensation à tous les animaux. Ces mesures de précaution étaient destinées à prévenir la disparition des races. Mais quand il leur eut fourni les moyens d’échapper à une destruction mutuelle, il voulut les aider a supporter les saisons de Zeus ; il imagina pour cela de les revêtir de poils épais et de peaux serrées, suffisantes pour les garantir du froid, capables aussi de les protéger contre la chaleur et destinées enfin à servir, pour le temps du sommeil, de couvertures naturelles, propres a chacun d’eux ; il leur donna en outre comme chaussures, soit des sabots de corne, soit des peaux calleuses et dépourvues de sang ; ensuite il leur fournit des aliments variés suivant les espèces, aux uns l’herbe du sol, aux autres les fruits des arbres, aux autres des racines ; à quelques-uns même il donna d’autres animaux à manger ; mais il limita leur fécondité et multiplia celle de leurs victimes, pour assurer le salut de la race.
Cependant Epiméthée, qui n’était pas très réfléchi, avait, sans y prendre garde, dépensé pour les animaux toutes les facultés dont il disposait et il lui restait la race humaine à pourvoir, et il ne savait que faire. Dans cet embarras, Prométhée vient pour examiner le partage ; il voit les animaux bien pourvus, mais l’homme nu, sans chaussures, ni couverture, ni armes, et le jour fixé approchait où il fallait l’amener du sein de la terre à la lumière. Alors Prométhée, ne sachant qu’imaginer pour donner à l’homme le moyen de se conserver, vole à Héphaïstos et à Athéna la connaissance des arts avec le feu ; car, sans le feu, la connaissance des arts était impossible et inutile ; et il en fait présent à l’homme. L’homme eut ainsi la science propre à conserver sa vie ; mais il n’avait pas la science politique ; celle-ci se trouvait chez Zeus, et Prométhée n’avait plus le temps de pénétrer dans l’acropole que Zeus habite et où veillent d’ailleurs des gardes redoutables. Il se glisse donc furtivement dans l’atelier commun où Athéna et Héphaïstos cultivaient leur amour des arts, il y dérobe au dieu son art de manier le feu et à la déesse l’art qui lui est propre, et il en fait présent à l’homme, et c’est ainsi que l’homme peut se procurer des ressources pour vivre. Dans la suite, Prométhée fut, dit-on, puni du larcin qu’il avait commis par la faute d’Epiméthée.






La guerre du feu
Feu:   nm 
Le feu et la guerre

Faire feu

Cesser le feu

1° Développement de chaleur et de lumière.

2° Calorique.

3° Chez les anciens, un des quatre éléments.

4° Objet de culte.

5° Feu central du globe.

6° Incendie ; embrasement.

7° Toute matière combustible allumée.
 
Feu grégeois tel que décrit dans le manuscrit Skylitzes (Madrid)

8° Ce qui sert à allumer.

9° Feu en termes de cuisine.

10° Feu de joie.

11° Feux qu'allume une armée.

12° Le supplice du bûcher.

13° Cautérisation à l'aide du fer rouge.

14° Feu en termes de chimie.

15° Feu en termes de métallurgie.

16° Coup de feu.

17° Pompe à feu.

18° Décharges d'armes à feu.

19°  Terme de fortification

20° Feu d'artifice.

21° Le feu de la cheminée.

22° Cheminée, chambre à feu.

23° Garniture de cheminée.

24° Un ménage, une famille.

25° La simple lueur des flambeaux.

26° Bougies dont on se sert aux audiences de criées.
 
Napalm au Vietnam

27° Indemnité qu'on donne à un acteur.

28° Torche, instrument de destruction.

29° Fanal.

30° Météore enflammé.

31° Feu grisou.

32° Lumière des astres.

33° La chaleur du soleil.

34° Éclat, lumière.

35° Couleur de feu.

36° Vive chaleur qui se fait sentir dans le corps.

37° Nom de diverses éruptions.

38° Passions, ardeurs.

39° Vivacité d'esprit.

40° Vivacité d'action, de mouvement.

41° Force des liqueurs spiritueuses.

42° La passion de l'amour.

43° Révolution, agitation.

44° Feu ardent, bryone. Proverbes.








METEO

Jacques DELILLE   (1738-1813)

Le coin du feu

Suis-je seul ? je me plais encore au coin du feu.
De nourrir mon brasier mes mains se font un jeu ;
J'agace mes tisons ; mon adroit artifice
Reconstruit de mon feu le savant édifice.
J'éloigne, je rapproche, et du hêtre brûlant
Je corrige le feu trop rapide ou trop lent.
Chaque fois que j'ai pris mes pincettes fidèles,
Partent en pétillant des milliers d'étincelles :
J'aime à voir s'envoler leurs légers bataillons.
(…)







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