23 janvier 2011

Partir

  Sur la route de
 la soie
  

" Tous les hommes voudraient cheminer sur la route de la Connaissance. Cette route, les uns la cherchent, d'autres affirment qu'ils l'ont trouvée. Mais, un jour, une voix criera: «Il n'y a ni route, ni sentier.» "

Omar Khayyam








Le Livre de Marco Polo est le titre original de l'œuvre, c'est ainsi que M. Polo la désignait. Le Devisement ou Description du Monde, Le Livre des Merveilles, Le Livre du Million de Merveilles du Monde sont des titres dus aux anciens copistes, tout comme les intertitres des chapitres.








LIVRE PREMIER
 miniature du "Voyage de Marco Polo"
I - Comment Nicolas et Marco Polo s’en allèrent en Orient.

"L’an de Jésus-Christ 1235, sous l’empire du prince Baudoin, empereur de Constantinople, deux gentilshommes de la très illustre famille des Pauls, à Venise, s’embarquèrent sur un vaisseau
chargé de plusieurs sortes de marchandises pour  
  le compte des Vénitiens ; et ayant traversé la mer Méditerranée et le détroit du Bosphore par un vent favorable et le secours de Dieu, ils arrivèrent à Constantinople. Il s’y reposèrent quelques jours ; après quoi ils continuèrent leur chemin par le Pont-Euxin, et arrivèrent au port d’une ville d’Arménie, appelée Soldadie, ; là ils mirent en état les bijoux précieux qu’ils avaient, et allèrent à la cour d’un certain grand roi des Tartares appelé Barka ; ils lui présentèrent ce qu’ils avaient de meilleur. Ce prince ne méprisa point leurs présents, mais au contraire les reçut de fort bonne grâce et leur en fit d’autres beaucoup plus considérables que ceux qu’il avait reçus. Ils demeurèrent pendant un an à la cour de ce roi, et ensuite ils se disposèrent à retourner à Venise. Pendant ce temps-là il s’éleva un grand différend entre le roi Barka et un certain autre roi tartare nommé Allau, en sorte qu’ils en vinrent aux mains ; la fortune favorisa Allau, et l’armée de Barka fut défaite. Dans ce tumulte nos deux Vénitiens furent fort embarrassés, ne sachant quel parti prendre ni par quel chemin ils pourraient s’en retourner en sûreté dans leur pays ; ils prirent enfin la résolution de se sauver par plusieurs détours du royaume de Barka ; ils arrivèrent d’abord à une certaine ville nommée Guthacam,, et un peu au delà ils traversèrent le grand fleuve ; après quoi ils entrèrent dans un grand désert, où ils ne trouvèrent ni hommes ni villages, et arrivèrent enfin à Bochara,, ville considérable de Perse. Le roi Barach faisait sa résidence en cette ville ; ils y demeurèrent trois ans."



















La route du bonheur est peut-être la route de l’oubli.

 Yasmina Reza-Une désolation (1999)








L'appel du commencement

Sohrâb SEPEHRI

Traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER



Où sont mes chaussures,
Qui a bien pu appeler : Sohrâb ?
Elle m’était familière, cette voix, comme l'air est familier au corps de la feuille.
Ma mère dort.
Ainsi que Manoutchehr* et Parvâneh** et peut-être tous les gens de la ville.
La nuit de juin s'écoule sur la pointe des secondes avec la lenteur d'une élégie
Et s’échappant du verdoyant liseré de la couverture une brise fraîche balaye mon sommeil.
Il y a comme une odeur de migration :
Mon oreiller est plein d’un bruissement de plumes d'hirondelles.

Ce sera le matin
Et dans ce bol d'eau
Le ciel émigrera.

Il me faut partir cette nuit.

Moi qui par la plus béante fenêtre ai parlé avec les gens d'ici,
Je n'ai pas entendu une seule parole dans l’air du temps.
Aucun regard ne s'est amoureusement fixé sur le sol,
Nul n'a été attiré par la vue d'un jardinet,
Personne n'a pris au sérieux la pie à l'orée du champ.
Et mon cœur se serre comme un nuage
Quand, de la fenêtre, je vois Houri
-la fille adolescente du voisin-
S’asseoir au pied de l'orme le plus rare sur la terre
Pour étudier son catéchisme.

Il y a tout de même des choses, des instants grandioses
(j'ai vu, par exemple, une poétesse
Si absorbée dans la contemplation de l'espace qu'en ses yeux
Le ciel a pondu.
Et une nuit d'entre les nuits
Un homme m'a demandé :
Jusqu'au lever de raisin, combien d'heures de route ?)

Il me faut partir cette nuit.

Il me faut cette nuit prendre ma valise
Qui est à l’aune de la chemise de ma solitude
Et partir du côté
Où l'on devine les arbres épiques,
Vers cette immensité sans mots qui ne cesse de m'appeler.
Quelqu'un a encore dit : Sohrâb !
Où sont mes chaussures ?









METEO

Le gel tombe sur le sol,
en flocons légers.
Ciel azuréen.
Dimanche.





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