15 janvier 2011

Passages

PORTES







“Par le chas d’une aiguille…”



“Je vous le dis, il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux.” On s’est beaucoup interrogé au fil des siècles sur cette parole du Christ (Matthieu, 19, 24) où la barre semble mise si haut qu’elle équivaut aujourd’hui dans le langage courant à une impossibilité.

Certains font remarquer qu’on aurait confondu dans une traduction le mot grec kamilon (grosse corde) avec celui de kamelon (chameau), mais cette analogie aboutit dans la pratique au même résultat.

D’autres ont fait valoir que le “chas (ou trou) de l’aiguille” désignait chez les Juifs une petite poterne d’entrée dans la ville de Jérusalem, qui restait ouverte plus tardivement que les autres pour permettre aux voyageurs du soir de se mettre à l’abri: une porte si basse et si étroite que les marchands ne pouvaient l’emprunter qu’à condition de décharger eux-mêmes leurs chameaux de toutes leurs richesses et de les faire “baraquer”, pour qu’ils la passent à genoux !

Cette voie d’entrée était inconfortable mais néanmoins possible, et l’analogie semble plus conforme au pouvoir de la Miséricorde divine chez les juifs et les chrétiens : un instant accepté de fragilité matérielle, de déstabilisation de l’avoir et de l’appât du gain, contre une source potentielle abondante d’enrichissement dans l’être et la vocation spirituelle des enfants de Dieu (l’entrée dans la Jérusalem Céleste). “Ouvrez-moi une porte de repentance grosse comme un trou d’aiguille, dit le Cantique des Cantiques, et moi je l’élargirai pour y faire passer des charrettes.”

Je ne sais ce que vaut cette interprétation aux yeux des savants exégètes, mais il me semble qu’elle prend beaucoup de force en temps de crise économique, quel que soit le niveau de fortune personnelle de chacun. C’est la relation aux richesses matérielles, l’obsession qu’elles inspirent ou l’usage qu’on en fait, et non la richesse elle-même, qui durcit le cœur de l’homme, le ferme à tout le reste et le conduit à envier ou mépriser son prochain.
Gabriel de Seinemont








Alice au Pays des Merveilles
Lewis CAROLL

 

"Soudain, elle tomba par hasard sur une petite table à trois pieds, tout en verre massif: il n'y avait rien dessus, à l'exception d'une minuscule clef d'or; première idée d'Alice: elle appartenait peut-être à l'une des portes de la salle; mais, hélas! de deux choses l'une: ou bien les serrures étaient trop béantes, ou la clef trop petite, toujours est-il qu'il n'y eut pas moyen d'ouvrir une seule porte. Cependant, entreprenant une deuxième tournée, Alice tomba sur une portière qu'elle n'avait pas encore remarquée; et derrière, une petite porte de quarante centimètres environ; elle essaya d'introduire la petite clef d'or dans la serrure, et à sa grande joie, elle s'ajustait!
Alice ouvrit la porte, pour découvrir qu'elle communiquait avec un petit couloir, guère plus grand qu'un trou à rat; elle s'agenouilla et ses regards plongèrent, au bout du couloir, dans un inimaginable  ravissant jardin. Quel désir de sortir de cette sombre salle et d'aller flâner parmi ces plates-bandes de fleurs aux couleurs éclatantes et ces fraîches fontaines, mais elle ne pouvait même pas passer la tête par l'encadrement; «et même si ma tête voulait bien passer, se dit la pauvre Alice, elle ne servirait vraiment pas à grand-chose, sans mes épaules. Oh, que je voudrais pouvoir me fermer comme une longue-vue! Je crois que j'y arriverais, si seulement je savais comment commencer». En effet, voyez-vous, tant d'événements extraordinaires s'étaient produits dernièrement, qu'Alice en venait à penser que rien, vraiment rien, n'était véritablement impossible."





Météo

Par la porte entr'ouverte,
Glisse l'air frais,
un rayon de soleil.
Sérénité d'un matin d'espérance.





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire