20 janvier 2011

Voyage au Sahara

DESERTS



"J'aime le désert qui est le frère de la mer, et où on navigue à l'air du temps et au chant des constellations."

Mémoire de sept vies (1994), Le temps aventureux

Jean-François Deniau





Vidéo Mireille Fillol sur un texte extrait de Désert-JM Le Clézio




Saguiet et Hamra, hiver 1909-1910

Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi cachés par la brume de sable que leurs pieds soulevaient. Lentement ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presque invisible. En tête de la caravane, il y avait les hommes, enve­loppés dans leurs manteaux de laine, leurs visages masqués par le voile bleu. Avec eux marchaient deux ou trois dromadaires, puis les chèvres et les moutons harcelés par les jeunes garçons. Les femmes fermaient la marche. C'étaient des silhouettes alourdies, encombrées par les lourds manteaux, et la peau de leurs bras et de leurs fronts sem­blait encore plus sombre dans les voiles d'indigo.

Ils marchaient sans bruit dans le sable, lentement, sans regarder où ils allaient. Le vent soufflait continûment, le vent du désert, chaud le jour, froid la nuit. Le sable fuyait autour. d'eux, entre les pattes des cha­meaux, fouettait le visage des femmes qui rabattaient la toile bleue sur leurs yeux. Les jeunes enfants couraient, les bébés pleu­raient, enroulés dans la toile bleue sur le dos de leur mère. Les chameaux grommelaient, éternuaient. Personne ne savait où on allait. Le soleil était encore haut dans le ciel nu, le vent emportait les bruits et les odeurs. La sueur coulait lentement sur le visage des voyageurs, et leur peau sombre avait pris le reflet de l'indigo, sur leurs joues, sur leurs bras, le long de leurs jambes. Les tatouages bleus sur le front des femmes brillaient comme des scarabées. Les yeux noirs, pareils à des gouttes de métal, regardaient à peine l'étendue de sable, cherchaient la trace de la piste entre les vagues des dunes.

Il n'y avait rien d'autre sur la terre, rien, ni personne. Ils étaient nés du désert, aucun autre chemin ne pouvait les conduire. Ils ne disaient rien. Ils ne voulaient rien. Le vent passait sur eux, à travers eux, comme s'il n'y avait personne sur les dunes. Ils mar­chaient depuis la première aube, sans s'ar­rêter, la fatigue et la soif les enveloppaient comme une gangue. La sécheresse avait durci leurs lèvres et leur langue. La faim les rongeait. Ils n'auraient pas pu parler. Ils étaient devenus, depuis si longtemps, muets comme le désert, pleins de lumière quand le soleil brûle au centre du ciel vide, et glacés de la nuit aux étoiles figées.

Ils continuaient à descendre lentement la pente vers le fond de la vallée, en zigza­guant quand le sable s'éboulait sous leurs pieds. Les hommes choisissaient sans regar­der l'endroit où leurs pieds allaient se poser. C'était comme s'ils cheminaient sur des tra­ces invisibles qui les conduisaient vers l'autre bout de la solitude, vers la nuit. Un seul d'entre eux portait un fusil, une carabi­ne à pierre au long canon de bronze noirci. Il la portait sur sa poitrine, serrée entre ses deux bras, le canon dirigé vers le haut comme la hampe d'un drapeau. Ses frères marchaient à côté de lui, enveloppés dans leurs manteaux, un peu courbés en avant sous le poids de leurs fardeaux. Sous leurs manteaux, leurs habits bleus étaient en lam­beaux, déchirés par les épines, usés par le sable. Derrière le troupeau exténué, Nour, le fils de l'homme au fusil, marchait devant sa mère et ses sœurs. Son visage était som­bre, noirci par le soleil, mais ses yeux bril­laient, et la lumière de son regard était presque surnaturelle.

Ils étaient les hommes et les femmes du sable, du vent, de la lumière, de la nuit. Ils étaient apparus, comme dans un rêve, en haut d'une dune, comme s'ils étaient nés du ciel sans nuages, et qu'ils avaient dans leurs membres la dureté de l'espace. Ils portaient avec eux la faim, la soif qui fait saigner les lèvres, le silence dur où luit le soleil, les nuits froides, la lueur de la Voie lactée, la lune ; ils avaient avec eux leur ombre géan­te au coucher du soleil, les vagues de sable vierge que leurs orteils écartés touchaient, l'horizon inaccessible. Ils avaient surtout la lumière de leur regard, qui brillait si claire­ment dans la sclérotique de leurs yeux...

 Extrait de Désert- JM Le Clézio





La traversée du désert
 
 
Je veux devenir un homme,
je veux entreprendre un long voyage,
sur les traces de mes ancêtres,
dans les infinités désertiques;
Face au vent d'est et aux mirages,
j'irais à la conquête du redoutable Ténéré,
 
 
Vous, les saints de Takriza, d'Aghellal
et de Téférissene, priez pour moi,
Priez pour que je devienne enfin homme,
celui qui accomplit le rite ancestral.
 
L'arbre du Ténéré me confirme
qu'il n'y a qu'un seul Dieu,
et l'immensité qui l'entoure
Me donne une idée
De sa miséricorde
Pour tout ce qui vit à la surface de la terre.

 
La traversée du Ténéré me montre
ce que j'ai dans le ventre,
la traversée de cette mer de sable
m'apprend combien je pouvais dépendre
de mon prochain et de mon chameau.
Les morsures du vent sec et glacial,
M'incite à penser aux chaudes
caresses de ma femme.
les fissures des mes pieds et des mes mains
Me rappelle combien il est difficile,
le chemin qui mène à la gloire.
 
La traversée du Ténéré
me forme à devenir
un homme sûr et envié,
Rompu aux problèmes de l'existence.
 
 Chant Traditionnel sur la traversée du désert ou la Taghlamt ou aussi la caravane







METEO

Le sol craque sous les pas.
Gel.
Premiers rayons de soleil.
Bonheur tranquille.




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