19 février 2011

Arbres,Oiseaux et Femmes


Arbre de Vie
























Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis,
L'arbre de Vie, H.T., vers 1928-30.
© Musées de Senlis










L'arbre de vie et la Bible


La sagesse : un arbre de vie



"La sagesse] est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent, Et ceux qui la possèdent sont heureux" (Pr 3, 18).

"Le fruit du juste est un arbre de vie, Et le sage s'empare des âmes" (Pr 11, 30).

"Un espoir différé rend le coeur malade, Mais un désir accompli est un arbre de vie" (Pr 13, 12).

"La langue douce est un arbre de vie, Mais la langue perverse brise l'âme" (Pr 15, 4).

"A celui qui vaincra je donnerai à manger de l'arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu" (Ap 2, 7).

"Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des nations" (Ap 22, 2).


  




L'arbre de vie par le prophète Ezéchiel


Le prophète Ezéchiel décrit cet arbre paradisiaque : " Ses branches sont belles, son feuillage est touffu, son tronc élevé, et sa cime s'élance au milieu d'épais rameaux. Les eaux l'ont fait croître, l'abîme l'a fait pousser en hauteur ; des fleuves coulent autour du lieu où il est planté et envoient leurs canaux à tous les arbres des champs. C'est pourquoi son tronc s'élève au-dessus de tous les arbres des champs, ses branches se multiplient, ses rameaux s'étendent grâce à l'abondance des eaux qui l'ont fait pousser.




Tous les oiseaux du ciel nichent dans ses branches, toutes les bêtes des champs font leurs petits sous ses rameaux, et de nombreuses nations habitent à son ombre. Il est beau dans sa majesté dans l'extension de ses branches car ses racines plongent dans des eaux abondantes.

Les cèdres du paradis de Dieu ne le surpassent point, les cyprès n'égalent point ses branches, et les platanes n'approchent pas de ses ramures. Aucun arbre du paradis de Dieu ne l'égale en beauté. Je l'ai embelli d'une riche ramure. Il est envié de tous les arbres d'Éden, au paradis de Dieu "

 (Ezéchiel, chapitre 31).




Pour faire le portrait d’un oiseau


Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte

Peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile pour l'oiseau.

Placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire sans bouger...

Parfois l'oiseau arrive vite.
mais il peut aussi bien mettre de longues années avant de se décider.

Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau.

Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher à aucune des plumes de l'oiseau.

Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter.

Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante
c'est bon signe
signe que vous pouvez signer.

Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous signez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert









La naissance de l’homme entre deux arbres
 
Il y a déjà bien longtemps, un être singulier, fait de poussière d’étoile et de poussière de terre, est né entre deux arbres. Le premier s’appelait l’arbre de la connaissance, le second l’arbre de vie. Ces arbres étaient plus vieux que le monde mais jamais personne n’avait osé goûter de leurs fruits, parce qu’ils étaient, en même temps, porteurs de vie et porteurs de mort. C’étaient les deux axes du monde, de l’homme et de la terre, et de l’univers tout entier.
 
Depuis l’origine, l’homme, né entre deux arbres, a toujours été assis entre deux chaises et s’est trouvé constamment amené à chercher un équilibre souvent instable. On le disait originaire du ciel et de la terre et fait de chair et d’esprit. S’il s’enfermait dans la chair, il finissait par perdre son souffle. S’il ne rêvait que de ciel, alors la chute était terrible. Bien plus, il avait été fait homme et femme : l’homme ne pouvait rien sans la femme et la femme ne pouvait rien sans l’homme.
 
En fait l’homme a mis longtemps pour naître ou disons qu’il n’en finit pas de naître. Au début, et c’étaient les temps heureux du paradis, il vivait au milieu des plantes et des animaux comme s’il avait été lui-même l’un des leurs. Nous croyons que les plantes et les animaux ne parlent pas  et pourtant lui connaissait leur langage et communiquait facilement avec eux par la voix, les gestes et les couleurs. Parmi les animaux, il y en avait un qui avait un très grand prestige. C’était le serpent. A l’origine, il était dénué de toute protection et se trouvait à la merci de tous ses congénères. Alors, la rumeur dit qu’il s’est plaint au créateur, qui l’avait si mal loti. A la vue de ses multiples blessures et attendri par sa peine, le créateur fut pris de compassion et lui donna un pouvoir extraordinaire : le pouvoir de mort sur l’autre. Depuis il est respecté et écouté. On le dit sage et avisé. Mais il est aussi un peu rusé.
 
Or il avait remarqué depuis longtemps que l’homme et la femme n’étaient pas des animaux comme les autres. Son instinct et même son intuition ne le trompaient jamais. Alors, il a pensé qu’ils pourraient percer le mystère des deux arbres entre lesquels ils étaient nés.  Pour cela il faudrait commencer par manger leurs fruits que personne n’avait osé toucher jusqu’ici. Les aidant à lever l’interdit accepté par tout le monde, il leur conseilla de commencer par l’arbre de la connaissance, s’adressant d’abord à la femme qu’il sentait plus disponible pour une nouvelle aventure. Séduite par la beauté des fruits et par leur odeur, elle mangea et entra dans des délices insoupçonnés qu’elle voulut partager avec l’homme. Alors leurs yeux s’ouvrirent. Ils comprirent aussitôt qu’ils étaient différents de tous les animaux. Leur responsabilité grandit tout à coup : ils devaient être les jardiniers de la terre pour faire prospérer les deux arbres qui supportaient l’univers. Mais, en même temps, ils furent pris de vertige car ils eurent tout à coup conscience de leur manque  pour assumer une tâche aussi prestigieuse. Ils devaient choisir entre le bien et le mal, au risque de se tromper. Bien plus ils devenaient les partenaires de Celui qu’ils considéraient comme le Créateur, sujets comme lui à part entière, et eurent aussitôt peur de lui faire de l’ombrage.
 
C’est surtout leur manque qui les inquiéta face à la toute-puissance de leur nouveau partenaire. Celui-ci, selon ce que dit le mythe, se comporta comme un père avec ses enfants, élevant la voix et leur faisant la leçon pour éviter qu’ils ne s’égarent sur un chemin aussi périlleux. Il leur fit comprendre à demi mot que leur manque, plus visible chez la femme que chez l’homme, n’était qu’une faiblesse apparente. Il l’emportait de beaucoup sur le pouvoir de mort dont bénéficiait le serpent. En fait le pouvoir de mort était l’outil de la toute-puissance à laquelle ils devaient eux-mêmes renoncer s’ils voulaient faire prospérer les deux arbres du jardin. La démarche fondamentale qui allait humaniser l’homme et la femme était le grand passage qui  va de la toute-puissance du pouvoir (de mort) à la force du manque. Et il en est toujours ainsi aujourd’hui.
 
L’homme et la femme mirent longtemps à comprendre la nouvelle logique dans laquelle ils étaient maintenant engagés. C’est pourquoi ils durent attendre pour s’intéresser à l’arbre de vie lui-même. Si le manque l’emportait sur la toute-puissance du pouvoir (de mort), c’est qu’il était indispensable pour alimenter l’élan de la vie et le désir. Dans le nouveau statut auquel ils étaient appelés, paradoxalement, le manque devenait la véritable énergie de l’homme ancré dans le désir de connaître et de vivre. Il n’y avait pas de désir sans manque, comme il n’y a pas d’arbre de vie sans arbre de la connaissance.
 
Pour accéder à l’arbre de vie, l’homme et la femme ont commencé  par gérer, à leur mesure, l’arbre de la connaissance. C’est lui qui devait apporter l’outil nécessaire pour développer l’autre arbre qui lui faisait face. Depuis toujours, la connaissance est la condition de l’action dans tous les domaines. Mais la connaissance qui ne prend pas conscience de son manque peut devenir l’arme de la toute-puissance et peut désorganiser complètement la vie.
 
Depuis les premiers hommes, de nombreuses années passèrent : des siècles multiples  et même  plus d’une cinquantaine de millénaires se succédèrent. Peu à peu la connaissance se développa donnant naissance à la connaissance scientifique. Or, lorsque celle-ci s’intéresse à la seule biologie ou à la seule physique, elle ignore tout ou presque de la vie spirituelle, qui est une dimension essentielle de la vie humaine elle-même. Bien plus entre l’arbre de la connaissance et l’arbre de vie, il y a l’arbre du sujet, incarné par l’homme singulier. Sans la prise de conscience de tout ce qui lui échappe, le chercheur peut devenir aujourd’hui un apprenti sorcier, qui met en péril l’ordre du monde et l’équilibre des individus, s’il veut intervenir sans précaution sur l’arbre de la vie.
 
Il arrive enfin, aujourd’hui, un moment où le chercheur se heurte à un manque radical, qu’il est appelé à respecter s’il veut poursuivre honnêtement son travail. La dynamique de sa recherche, en effet, l’amène normalement à traquer l’origine des phénomènes et même l’origine de la vie et de l’univers, et à déplier ainsi une partie du mystère qui hante les hommes depuis toujours. Mais peut-il aller au-delà de l’origine ? En scientifique il semble qu’il ne le pourra jamais. Et s’il pensait y accéder, il pourrait devenir un monstre dangereux pour  l’arbre de vie lui-même. Mais s’il accepte, comme beaucoup d’autres, de reconnaître l’infirmité radicale de l’être humain qu’il est, il pourra peut-être la dépasser en faisant naître l’homme  qu’il n’est pas encore. Entre l’arbre de la connaissance et l’arbre de vie.       
                                                                                                                                                                                                                                                      Etienne Duval 









FEMME NOIRE 

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté !
J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi, je te découvre,
Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle.

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui grondes sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée.




Femme nue, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de
l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau
Délices des jeux de l’esprit, les reflets de l’or rouge sur ta peau qui se moire
A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel
Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour
nourrir les racines de la vie.


LEOPOLD SEDAR SENGHOR





METEO
Arbres endormis,
Silence sur la campagne,
Immobilité.
Derniers soubresauts de l'hiver.







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