7 juin 2011

Et bien, dansez maintenant...













  


"L'écriture fait naître la danse où la danse produit l'écriture même. Danseurs, philosophes,
pédagogues, leurs écritures contribuent à poser la danse comme un acte fécond dans notre société. Lorsque la transmission en passe ainsi par les mots, chaque geste devient un poème, chaque phrase du corps une matière à penser l'humain, que les mots retranscrivent au plus juste de cette intime conviction du corps. Ce qui passe entre les corps, entre les mots, entre le geste et l'œil est aussi un territoire partagé du sens. La danse ne serait qu'ombre dans le miroir, si elle ne faisait ainsi appel à la parole de l'être; sa fugacité, son caractère éphémère demandent à ce que soient aussi présents les mots pour la dire."

Anne-Laure Guichard




"Je ne m’intéresse pas à la façon dont les gens
bougent, mais à ce qui les meut

 Pina Bausch



 
Pina Bausch, la nature mise en scène







Chez Pina Bausch, la nature elle-même est parfois conviée sur scène. Dans Le Sacre du printemps, les danseurs évoluent dans la terre fraîche, dans Nelken c'est dans un champ d'œillets, dans Wiesenland un immense monticule d'herbe dégoulinant sert de fond de scène.

Photo : Pina Bausch, Nelken © Olivier Look

 



Le serpent qui danse

Que j'aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau!

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s'éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d'amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s'allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l'eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon coeur!

     Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal





Peintre sculpteur:   Annick SAMAUROW





"LA OU DANSE L'ARAIGNEE" .Un ethnologue chez les Abron




Un soir, Azumana demanda aux enfants :

—  Savez-vous comment l'homme en est venu à souffrir de tant de maladies sur tout le corps ?

—  Non, répondirent-ils, et Azumana raconta cette histoire :

« Un jour, une araignée entendit une femme pleurer dans la brousse. Sa façon de pleurer plut beaucoup à l'araignée qui voulut l'imiter.  Quand la femme entendit les pleurs de l'araignée, elle chercha d'où ils venaient...

Elle finit par trouver l'araignée, et lui demanda :

—  Pourquoi veux-tu m'imiter ? Je pleure parce que j'ai mal. Souhaites-tu avoir un mal comme le mien ?

—  Oui, répondit l'araignée.

—  Alors chante et danse avec moi, dit la femme.

Elles chantèrent et dansèrent ensemble et pendant ce temps le mal de la femme guérit et se forma sur la patte de l'araignée. Ce mal la fit bientôt tellement souffrir, qu'à son tour elle se mit à pleurer. Après avoir erré plusieurs jours dans la brousse, sans cesser de verser des larmes, elle arriva enfin dans un village d'hommes. Elle les réunit tous et leur dit : " Je vais vous apprendre une belle chanson. " Elle chanta et les villageois chantèrent. Le mal de l'araignée guérit mais gagna le corps des hommes. Et c'est alors que les hommes se sont mis à souffrir de tant de maladies. »





Claude Lévi-Strauss a relevé, dans les mythes, des structu­res où se jouent des séries d'oppositions, portant essentielle­ment sur nature et culture. Il a également remarqué que l'opposition nature-culture est souvent réalisée sur une créa­ture ambiguë. Cette simple histoire fait la démonstration de cette analyse structurale. Au début, une araignée (représen­tant la nature) rencontre une femme dans la forêt. La femme, bien qu'humaine, est sur le territoire de l'araignée. L'arai­gnée, bien que non humaine, a accès au monde des hommes : elle tisse, activité humaine et signe de culture.
A la première rencontre, l'araignée est bien-portante, et la femme malade. La femme « danse » de douleur. L'araignée prend sa douleur pour une danse (autre signe de culture), ce qui lui vaut de recevoir le mal en elle.
Ensuite, l'araignée quitte son territoire et pénètre dans le monde des hommes qui, à leur tour, prennent ses pleurs pour un chant. Voulant apprendre « le chant », ils sont à leur tour victimes du mal qui le suscite !
  

La maladie et son traitement se rejoignent à la charnière des mondes naturel et culturel. La ruse et l'erreur permettent donc qu'une maladie passe du monde des animaux à celui des hommes à travers une double articulation : d'une part l'araignée, qui peut vivre près ou loin des hommes et qui tisse comme eux ; d'autre part la femme, qui a pénétré en territoire animal. C'est là qu'a lieu la première rencontre, tandis que la seconde se déroule au village, territoire des hommes. Chaque fois, le malentendu se produit durant la communication entre les deux territoires.
Les histoires d'araignée sont courantes en Afrique occiden­tale. La plupart du temps, l'araignée est une rusée qui, s'aidant souvent de pouvoirs magiques, parvient à triompher de ses adversaires, hommes ou animaux. Ces histoires reflètent aussi un ensemble de relations ambiguës entre l'homme et l'animal, où s'efface la frontière entre culture et nature.
Cette ambiguïté ressort également du conte suivant dans lequel les espèces domestiques, incorporées à la société humaine, refusent de se comporter selon les règles de la culture. On y voit, réaffirmée ici, la solidarité humaine.

 Alexander Alland-La danse de l’araignée.




La danse des sept voiles

Origine mythologique possible

La Danse des sept voiles a peut-être son origine dans le mythe de la déesse Ishtar et du dieu Tammuz qui appartiennent aux croyances assyriennes et babyloniennes. Selon ce mythe, après la mort de Tammuz, l'amant d'Ishtar, la déesse s'approcha des portes des enfers et voulut à tout prix que le gardien les ouvrît. Le gardien la laissa pénétrer dans le monde souterrain, en n'ouvrant qu'une porte à chaque fois. À chacune d'entre elles, Ishtar devait se dépouiller d'un vêtement, si bien qu'elle se retrouva nue après avoir passé enfin la septième porte. De colère elle se jeta sur Ereshkigal, déesse des Enfers, mais celle-ci ordonna à sa servante Namtar d'emprisonner Ishtar et de déchaîner contre elle soixante maladies. Après la descente d'Ishtar vers le monde inférieur, toute activité sexuelle cessa sur la terre. Papsukkal, le dieu-messager, rapporta la situation au roi des dieux, Ea. Celui-ci créa un eunuque appelé Asu-shu-Namir et l'envoya vers Ereshkigal, en lui demandant d'invoquer contre elle « le nom des grands dieux » et de lui réclamer le sac contenant l'eau de la vie. Ereshkigal fut prise d'une rage folle en entendant ce qu'on lui demandait, mais elle ne pouvait que céder. Asu-shu-Namir aspergea Ishtar de cette eau, ce qui la ramena à la vie. Ishtar refit alors le chemin inverse en passant par les sept portes, (sans Tammuz malheureusement) en recevant une pièce de vêtements à chacune, et elle était entièrement habillée quand elle franchit la dernière porte.






Franz von Stuck (1863–1928)

Salomé





Oscar Wilde - Salomé (1893)



HERODE
Salomé, Salomé, dansez pour moi. Je vous supplie de danser pour moi. Ce soir je suis triste. Oui, je suis très triste ce soir. Quand je suis entré ici, j'ai glissé dans le sang, ce qui est d'un mauvais présage, et j'ai entendu, je suis sûr que j'ai entendu un battement d'ailes dans l'air, un battement d'ailes gigantesques. Je ne sais pas ce que cela veut dire... Je suis triste ce soir. Ainsi dansez pour moi. Dansez pour moi, Salomé, je vous supplie. Si vous dansez pour moi vous pourrez me demander tout ce que vous voudrez et je vous le donnerai. Oui, dansez pour moi, Salomé, et je vous donnerai tout ce que vous me demanderez, fût-ce la moitié de mon royaume.

SALOME, se levant.
Vous me donnerez tout ce que je demanderai, tétrarque ?

HERODIAS
Ne dansez pas, ma fille.

HERODE
Tout, fût-ce la moitié de mon royaume.

SALOME
Vous le jurez, tétrarque ?

HERODE
Je le jure, Salomé.

HERODIAS
Ma fille, ne dansez pas.

SALOME
Sur quoi jurez-vous, tétrarque ?

HERODE
Sur ma vie, sur ma couronne, sur mes dieux. Tout ce que vous voudrez je vous le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume, si vous dansez pour moi. Oh ! Salomé, Salomé, dansez pour moi.

SALOME
Vous avez juré, tétrarque.

HERODE
J'ai juré, Salomé.

SALOME
Tout ce que je vous demanderai, fût-ce la moitié de votre royaume ?

HERODIAS
Ne dansez pas, ma fille.

HERODE
Fût-ce la moitié de mon royaume. Comme reine, tu serais très belle, Salomé, s'il te plaisait de demander la moitié de mon royaume. N'est-ce pas qu'elle serait très belle comme reine ?... Ah ! il fait froid ici ! il y a un vent très froid, et j'entends... pourquoi est-ce que j'entends dans l'air ce battement d'ailes ? Oh ! on dirait qu'il y a un oiseau, un grand oiseau noir, qui plane sur la terrasse. Pourquoi est-ce que je ne peux pas le voir, cet oiseau ? Le battement de ses ailes est terrible. Le vent qui vient de ses ailes est terrible. C'est un vent froid... Mais non, il ne fait pas froid du tout. Au contraire, il fait très chaud. Il fait trop chaud. J'étouffe. Versez-moi l'eau sur les mains. Donnez-moi de la neige à manger. Dégrafez mon manteau. Vite, vite, dégrafez mon manteau... Non. Laissez-le. C'est ma couronne qui me fait mal, ma couronne de roses. On dirait que ces fleurs sont faites de feu. Elles ont brûlé mon front. (Il arrache de sa tête la couronne, et la jette sur la table.) Ah ! enfin, je respire. Comme ils sont rouges ces pétales ! On dirait des taches de sang sur la nappe. Cela ne fait rien. Il ne faut pas trouver des symboles dans chaque chose qu'on voit. Cela rend la vie impossible. Il serait mieux de dire que les taches de sang sont aussi belles que les pétales de roses. Il serait beaucoup mieux de dire cela... Mais ne parlons pas de cela. Maintenant je suis heureux. Je suis très heureux. J'ai le droit d'être heureux, n'est-ce pas ? Votre fille va danser pour moi. N'est-ce pas que vous allez danser pour moi, Salomé ? Vous avez promis de danser pour moi.

SALOME
Je danserai pour vous, tétrarque.

HERODE
Vous entendez ce que dit votre fille. Elle va danser pour moi. Vous avez bien raison, Salomé, de danser pour moi. Et, après que vous aurez dansé n'oubliez pas de me demander tout ce que vous voudrez. Tout ce que vous voudrez je vous le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. J'ai juré, n'est-ce pas ?

SALOME
Vous avez juré, tétrarque.

HERODE
Et je n'ai jamais manqué à ma parole. Je ne suis pas de ceux qui manquent à leur parole. Je ne sais pas mentir. Je suis l'esclave de ma parole, et ma parole c'est la parole d'un roi. Le roi de Cappadoce ment toujours, mais ce n'est pas un vrai roi. C'est un lâche. Aussi il me doit de l'argent qu'il ne veut pas payer. Il a même insulté mes ambassadeurs. Il a dit des choses très blessantes. Mais César le crucifiera quand il viendra à Rome. Je suis sûr que César le crucifiera. Sinon il mourra mangé des vers. Le prophète l'a prédit. Eh bien ! Salomé, qu'attendez-vous ?

SALOME
J'attends que mes esclaves m'apportent des parfums et les sept voiles et m'ôtent mes sandales.
Les esclaves apportent des parfums et les sept voiles et ôtent les sandales de Salomé.

HERODE
Ah ! vous allez danser pieds nus ! C'est bien ! C'est bien ! Vos petits pieds seront comme des colombes blanches. Ils ressembleront à des petites fleurs blanches qui dansent sur un arbre... Ah ! non. Elle va danser dans le sang ! Il y a du sang par terre. Je ne veux pas qu'elle danse dans le sang. Ce serait d'un très mauvais présage.

HERODIAS
Qu'est-ce que cela vous fait qu'elle danse dans le sang ? Vous avez bien marché dedans, vous...

HERODE
Qu'est-ce que cela me fait ? Ah ! regardez la lune ! Elle est devenue rouge. Elle est devenue rouge comme du sang. Ah ! le prophète l'a bien prédit. Il a prédit que la lune deviendrait rouge comme du sang. N'est-ce pas qu'il a prédit cela ? Vous l'avez tous entendu. La lune est devenue rouge comme du sang. Ne le voyez-vous pas ?

HERODIAS
je le vois bien, et les étoiles tombent comme des figues vertes, n'est-ce pas ? Et le soleil devient noir comme un sac de poil, et les rois de la terre ont peur. Cela au moins on le voit. Pour une fois dans sa vie le prophète a eu raison. Les rois de la terre ont peur... Enfin, rentrons. Vous êtes malade. On va dire à Rome que vous êtes fou. Rentrons, je vous dis.

LA VOIX D'IOKANAAN
Qui est celui qui vient d'Edom, qui vient de Bosra avec sa robe teinte de pourpre ; qui éclate dans la beauté de ses vêtements, et qui marche avec une force toute puissante ? Pourquoi vos vêtements sont-ils teints d'écarlate ?

HERODIAS
Rentrons. La voix de cet homme m'exaspère. Je ne veux pas que ma fille danse pendant qu'il crie comme cela. Je ne veux pas qu'elle danse pendant que vous la regardez comme cela. Enfin, je ne veux pas qu'elle danse.

HERODE
Ne te lève pas, mon épouse, ma reine, c'est inutile. Je ne rentrerai pas avant qu'elle n'ait dansé. Dansez, Salomé, dansez pour moi.

HERODIAS
Ne dansez pas, ma fille.

SALOME
Je suis prête, tétrarque.
Salomé danse la danse des sept voiles.
HERODE
Ah ! c'est magnifique, c'est magnifique ! Vous voyez qu'elle a dansé pour moi, votre fille. Approchez, Salomé ! Approchez, afin que je puisse vous donner votre salaire. Ah ! je paie bien les danseuses, moi. Toi, je te paierai bien. Je te donnerai tout ce que tu voudras. Que veux-tu, dis ?

SALOME, s'agenouillant.
Je veux qu'on m'apporte présentement dans un bassin d'argent...

HERODE, riant.
Dans un bassin d'argent ? mais oui, dans un bassin d'argent, certainement. Elle est charmante, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que vous voulez qu'on vous apporte dans un bassin d'argent, ma chère et belle Salomé, vous qui êtes la plus belle de toutes les filles de Judée ? Qu'est-ce que vous voulez qu'on vous apporte dans un bassin d'argent ? Dites-moi. Quoi que cela puisse être on vous le donnera. Mes trésors vous appartiennent. Qu'est-ce que c'est, Salomé.

SALOME, se levant.
La tête d'Iokanaan.

HERODIAS
Ah ! c'est bien dit, ma fille.

HERODE
Non, non.

HERODIAS
C'est bien dit, ma fille.

HERODE
Non, non, Salomé. Vous ne me demandez pas cela. N'écoutez pas votre mère. Elle vous donne toujours de mauvais conseils. Il ne faut pas l'écouter.

SALOME
Je n'écoute pas ma mère. C'est pour mon propre plaisir que je demande la tête d'Iokanaan dans un bassin d'argent. Vous avez juré, Hérode. N'oubliez pas que vous avez juré.

HERODE
Je le sais. J'ai juré par mes dieux. Je le sais bien. Mais je vous supplie, Salomé, de me demander autre chose. Demandez-moi la moitié de mon royaume, et je vous la donnerai. Mais ne me demandez pas ce que vous m'avez demandé.

SALOME
Je vous demande la tête d'Iokanaan.






METEO


Danse de  pluie,

musique d'orage,

fraîcheur du soir,

Printemps.







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