2 janvier 2012

Florilège de sorcellerie








" La sorcière n'a ni père, ni mère ni fils, ni époux, ni famille. C'est un monstre, un aérolithe venu on ne sait d'où. Qui oserait, grand Dieu ! en approcher ?

Où est-elle ? Aux lieux impossibles, dans la forêt des ronces, sur la lande où l'épine, le chardon emmêlés, ne permettent pas le passage. La nuit, sous quelque vieux dolmen. Si on l'y trouve, elle est encore isolée par l'horreur commune ; elle a autour comme un cercle de feu. Qui le croira pourtant ? C'est une femme encore. Même cette vie terrible presse et tend son ressort de femme, l'électricité féminine […]

Jules Michelet (1798-1874), La sorcière.






Hans Baldung Grien

 Hexen (Witches; woodcut, 1508)


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Mary Wigman- Switch dance







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    La Mandragore dans la culture
    Histoire des croyances




    Mandragores mâle et femelle.
    Manuscrit Dioscurides neapolitanus,
     Biblioteca Nazionale di Napoli, début du VIIe siècle.


    En raison de la forme vaguement humaine de sa racine et de ses composés alcaloïdes psychotropes, la mandragore a été associée depuis l'antiquité à des croyances et des rituels magiques. 


    Ancienne Égypte et Proche Orient 


    Une plante représentée sur le trône de Toutankhamon pourrait être une mandragore (Hepper 1990) mais cette plante n'étant pas indigène en Égypte, il aurait fallu qu'elle y soit cultivée.
    Il existe aussi une longue tradition, remontant au Moyen Age consistant à identifier à la mandragore une plante citée dans la Bible, sous le nom de dudaim. Dans le trentième chapitre de la Genèse (compilée vers 440 av JC), il est fait mention d'une plante appelée dûda'îm dans le texte hébreu. Léa, la première épouse de Jacob, avait cessé d'enfanter. Ruben, leur fils aîné, rapporte à sa mère des dûda'îm. Rachel, sœur de Léa, seconde épouse et la préférée de Jacob, demande à sa sœur de les lui donner. Celle-ci n'accepte qu'en échange de passer la nuit avec Jacob, ce à quoi Rachel consent. Léa concevra cette nuit-là et donnera plus tard naissance à Issacar en disant: "Dieu m'a donné mon salaire" (Genèse 30:14-18).
    Le terme de dûda'îm pose toujours le problème de sa traduction aux herméneutes.


    Antiquité gréco-latine 


    Les médecins grecs prescrivaient la mandragore contre la mélancolie et la dépression. Hippocrate (460-380 av JC) conseillait "Au gens tristes, malades et qui veulent s'étrangler, faites prendre le matin en boisson la racine de mandragore à dose moindre qu'il n'en faudrait pour causer le délire" (VI, 329, n°39 trad Littré).
    Théophraste (372-288 av JC) rapporte que la racine traite les maladies de peau et la goutte et que les feuilles sont efficaces pour soigner les blessures. Ses propriétés sédatives lui étaient aussi connues puisqu'il dit qu'elle est bonne pour le sommeil. (H.P. IX, 9,1).
    Au premier siècle de notre ère, le médecin grec Dioscoride, en donne une description assez précise.

    "Il y a une espèce femelle, noire qui est appelée tridakias, qui a des feuilles plus étroites et plus petites que la laitue, d'une odeur puante et forte, étendues sur le sol, ainsi que des 'pommes' semblables à celles du sorbier, jaune pâle, d'une bonne odeur, dans lesquelles il y a une graine semblable à celle de la poire...Les feuilles de l'espèce mâle et blanche, que certains appellent morion, sont claires, grandes, larges et lisses comme celles de la bette. Ses pommes sont deux fois plus grosses, de couleur safran, dégagent une odeur agréable relativement forte. Les bergers en mangent et s'endorment pour un certain temps. Sa racine est semblable à la précédente, mais plus grande et plus blanche. Elle n'a pas de tige non plus..." (De Materia Medica, IV, 75).

    Pline l'Ancien, le naturaliste romain de la même époque, en donne une description très proche :

    "Il y a deux espèces : la blanche, considérée comme la mandragore mâle, et la noire, considérée comme la femelle, qui a des feuilles plus étroites que celles de la laitue, des tiges velues, et deux ou trois racines rougeâtres, blanches à l'intérieur, charnues et tendres, longues de près d'une coudée. Les deux portent des fruits de la grosseur des noisettes renfermant une graine comme un pépin de poire." (Histoire naturelle, livre XXV, 147).

    On a identifié l'espèce mâle ou blanche à Mandragora officinarum L. et l'espèce femelle ou noire à Mandragora automnalis Bertol., espèce qui maintenant n'est plus qu'une forme possible de M. officinarum L.
    Dioscoride énumère de nombreuses maladies où la mandragore est d'un grand secours. Un verre d'une décoction obtenue en faisant réduire la racine dans du vin est utile « quand on ne peut dormir, ou pour amortir une douleur véhémente, ou bien avant de cautériser ou couper un membre, pour se garder de sentir la douleur ». La racine préparée avec du vinaigre guérit les inflammations de la peau, avec du miel ou de l'huile, elle est bonne contre les piqures de serpent, avec de l'eau, elle traite les écrouelles et les abcès. Le jus fait venir les menstrues et précipite l'accouchement. Prudemment, Dioscoride met en garde contre la toxicité de la plante "Toutefois, il faut se garder d'en boire trop, car il [le jus] ferait mourir la personne".
    Pline nous signale aussi des indications proches de celles de Dioscoride. L'usage comme narcotique et analgésique revient toujours :

    "On conserve les feuilles dans la saumure, et elles ont plus d'effet; sinon le suc des plantes fraîches est un dangereux poison; et encore, ainsi conservées, leurs propriétés nocives portent à la tête, même par la simple odeur...L'effet soporifique varie avec les forces du sujet ; la dose moyenne est d'un cyathe. On la fait boire aussi contre les serpents et avant les incisions et les piqûres pour insensibiliser"

    Théophraste signale aussi des propriétés aphrodisiaques (IX, 8, 8) et Dioscoride indique qu'elle servait à confectionner des philtres (M.M., IV, 75, 1).
    A côté de ces observations très pertinentes (connaissant maintenant les composés actifs de la plante), on trouve dans les textes d'autres considérations très déconcertantes pour un homme moderne. Par exemple, Théophraste nous indique que lors de la cueillette il faut

    "tracer autour de la mandragore trois cercles avec une épée, couper en regardant vers le levant, danser autour de l'autre et dire le plus grand nombre possible de paroles grivoises" (H.P. IX, 8, 8)..

    Pour comprendre ces pratiques étrangesnous devons faire une petite digression sur l'histoire des sciences hellènes. De nombreux textes sur les plantes qui nous sont parvenus de l'Antiquité étaient écrits par des philosophes, des naturalistes ou des médecins. Les naturalistes étudiaient les plantes pour elles-mêmes et insistaient sur l'importance de l'observation. D'autres comme les médecins s'efforçaient de concevoir une approche expérimentale permettant d'identifier correctement les plantes et d'observer leurs effets thérapeutiques sur les malades. La constitution de nouveaux domaines de connaissance scientifiques autonomes se fit donc en se libérant de la religion et de la magie. Mais après les conquêtes moyen-orientales d'Alexandre le Grand au IVe siècle av. J.C., la pensée magique mésopotamienne et égyptienne fit une grande percée en Grèce. « A partir du IIIe siècle av. J.-C. précisément, la séduction de l'irrationnel sous des formes diverses commence à exercer des ravages jusque dans les milieux intéressés aux choses de l'esprit et à la connaissance du monde » (J. Beaujeu ).
    Les magiciens pensaient qu'il existait des relations intimes entre les différents objets et les différent êtres vivants. Pour eux, les plantes sont des êtres animés doués d'une âme car étroitement soumises à l'action de divinités ou de forces astrales. Comme les médecins, ils désiraient soigner les malades mais ils avaient une toute autre conception de la maladie. Comme le dit Guy Ducourthial « Ils considèrent qu'elle n'a pas de cause naturelle, mais qu'elle est envoyée aux humains par des divinités pour les punir de leurs fautes. Pour guérir les individus malades, ils prétendent pouvoir contraindre ces divinités à détourner l'influence néfaste qu'elles exercent sur eux, mais aussi "maîtriser" un certain nombre de plantes qu'ils ont sélectionnées, c'est-à-dire les soumettre à leurs injonctions et les obliger à abandonner leurs propriétés pour qu'ils puissent en disposer à leur gré. Pour atteindre leur but, ils doivent accomplir un certain nombre de gestes précis et souvent mystérieux, prononcer incantations et formules secrètes et réciter des prières particulières, notamment lors de la récolte des plantes qu'il faut effectuer à des moments particuliers ».
    Ainsi le cercle tracé autour de la plante crée un espace magiquement clos, enfermant la plante et permettant au magicien de s'en rendre maître. Les rituels magiques donnés par Théophraste sont repris par Pline mais Dioscoride s'abstient d'en parler.
    En tant que plante magique, la mandragore est appelée kirkaia, en référence à la magicienne Circé. Les astrologues ont attribué la mandragore au signe du Cancer (karkinos) qui régit le corps humain de la poitrine au ventre. Il en résulte qu'elle contrôle la rate, organe responsable des accès de mélancolie.


    Moyen Age occidental 
     

    Le rituel d'arrachage de la mandragore change dès le début du Moyen Age et peut être même avant en Palestine. Le collecteur de plantes doit maintenant pour dégager la racine, l'attacher à un chien et attirer l'animal au loin. Cette plante a une telle puissance magique que si l'herboriste s'aventurait à la déraciner lui-même, il s'exposerait à une mort certaine. Les textes ajoutent même "que cette racine a en soi une telle puissance divine que, lorsqu'elle est extraite, au même moment, elle tue aussi le chien" (Herbarius Apulei, 1481). Le Quellec fait remonter l'ancienneté de cette tradition au début du VIe siècle. En l'an 520, le manuscrit de Dioscoride de Vienne est illustré par deux miniatures sur lesquelles on voit une racine de mandragore attachée au cou d'un chien mort, gueule béante.

    Au premier siècle, Flavius Josèphe avait déjà décrit dans la Guerre des Juifs, VII, 6, 183, un rituel identique appliqué à l'arrachage d'une plante qu'il appelle baaras. La plante est cependant mal identifiée et il n'est pas certain qu'il s'agisse de la mandragore comme Hugo Rahner (1954) l'a supposé.
    Les précautions lors de la cueillette sont aussi énoncées dans les écrits de Paracelse (1493-1541). Pour se procurer la racine de mandragore si dangereuse, il fallait des rituels magiques. Celui qui arrache la mandragore sans précaution, s'il ne devient pas fou en entendant les hurlements de la plante, sera poursuivi par sa malédiction...



    Selon les divers écrits décrivant les rituels, on sait qu'ils se déroulaient les nuits de pleine lune. Les mandragores qui poussaient au pied des gibets étaient très prisées car on les disait fécondées par le sperme des pendus, leur apportant vitalité, mais celles des places de supplice ou de crémation faisaient aussi parfaitement l'affaire. Des « prêtres » traçaient avec un poignard rituel trois cercles autour de la mandragore et creusaient ensuite pour dégager la racine, le cérémonial étant accompagné de prières et litanies. Une jeune fille était placée à côté de la plante pour lui tenir compagnie. On passait également une corde autour de la racine et on attachait l'autre extrémité au cou d'un chien noir affamé que l'on excitait au son du cor. Les prêtres appelaient alors au loin le chien pour qu'en tirant sur la corde il arrache la plante. La plante émettait lors de l'arrachage un cri d'agonie insoutenable, tuant l'animal et l'homme non éloigné aux oreilles non bouchées de cire. La racine devenait magique après lavage, macération et maturation en linceul ; elle représentait l'ébauche de l'homme, « petit homme planté » ou homonculus. Ainsi choyée, elle restait éternellement fidèle à son maître et procurait à son possesseur, prospérité prodigieuse, abondance de biens, et fécondité. Elle était vendue très cher en raison du risque à la cueillette, et ce d'autant plus que la forme était humaine, de préférence sexuée par la présence de touffes judicieusement disposées.
    En Europe, on trouve à partir du IXe siècle dans la littérature médicale la description de narcose par inhalation d'une éponge soporifique (spongia soporifera). Une série de recettes allant du IXe au XVIe siècle et provenant de divers pays nous sont parvenues. La plupart se trouvent dans des manuels de chirurgie ou dans des antidotaires. La plus ancienne connue est celle de l'Antidotaire de Bamberg, Sigerist ; elle comporte de l'opium, de la mandragore, de la ciguë aquatique (cicute) et de la jusquiame. Au XIIe siècle, à l’école de médecine de Salerne, Nicolaus Praepositus, pronait aussi dans son Antidotarium l'usage d'une éponge soporifique dans certaines opérations chirurgicales. Elle était imbibée d'un mélange de jusquiame, de jus de mûre et de laitue, de mandragore et de lierre.


    Début de l'époque moderne
    L'onguent des sorcières

      

    On trouve aussi parfois la mandragore et la jusquiame dans la composition d'onguents utilisés par les sorcières. Une croyance très répandue aux XVIe et XVIIe siècles, voulait que les sorcières s'enduisent le corps d'un onguent avant de s'envoler dans les airs pour aller au sabbat. Elles s'y rendaient à cheval sur un balai ou une fourche, enduits eux aussi d'onguent.
    Les accusations qui conduisaient les sorcières au bûcher comportaient deux composants : les maléfices et le pacte avec le Diable. L'action judiciaire s'ouvrait sur une plainte pour les maléfices répétées d'une jeteuse de sort qui était censée provoquer la mort de nouveau-nés, faire tomber la grêle sur les récoltes, etc. L'accusation d'assistance au sabbat n'apparaissait que plus tard, lorsque les juges ecclésiastiques s'emparaient du dossier. A l'époque, tout le monde croyait au Diable. Il ne faisait pas l'ombre d'un doute, qu'en concluant un pacte avec le Diable, la sorcière pouvait d'accomplir des maléfices redoutables et travailler à la ruine de l'Église et de l'État. Des dizaines de milliers de sorciers et sorcières furent ainsi envoyés au bûcher en toute bonne conscience des autorités. Seuls quelques scientifiques et médecins humanistes dénoncèrent ces persécutions et osèrent soutenir que le sabbat n'était qu'une illusion.
    Le problème de la réalité du sabbat fut d'ailleurs posé à peu près en ces termes par des scientifiques dès le XVIe siècle. La description d'assemblées démoniaques et de leur prodiges (vol, métamorphose en bête) a-t-elle une réalité objective ou est-elle le résultat de la consommation de drogues hallucinogènes?

    Dès cette époque, un médecin et humaniste espagnol, Andrés Laguna, arrive à la conclusion que tout ce que croyaient faire les sorcières était le résultat de la prise de substances narcotiques. et donc que le sabbat était le seul produit de leur imagination. Laguna raconte, dans son commentaire de Dioscoride (1555), comment, se trouvant en Lorraine, il fut le témoin de l'arrestation et de la condamnation à mort sur le bûcher de deux vieillards accusés de sorcellerie. Il se procura alors l'onguent qui avait été trouvé dans l'ermitage où ils vivaient pour tester l'effet d'un tel produit. Il fit enduire entièrement une de ses patiente insomniaque. Celle-ci tomba aussitôt dans un profond sommeil et se réveilla trente-cinq heures plus tard en disant à son mari en souriant qu'elle l'avait cocufié avec un beau jeune homme. Pour Laguna le liniment était fabriqué avec « des herbes au dernier degré froides et soporifiques, comme sont la ciguë, la morelle endormante, la jusquiame et la mandragore ».

    Actuellement, les nombreuses études historiques quant aux aveux des sorcières ne permettent toutefois pas de conclure que les sorcières étaient des droguées. Si le témoignage de quelques sorcières utilisant des drogues hallucinogènes existe, le phénomène n'était pas généralisé et ne peut constituer une explication générale.
    La Mandragore est aussi utilisée dans certains rituels du culte vaudou.









Macbeth

 William Shakespeare
  
ACTE IV
SCÈNE I - Extrait

"Une caverne obscure. Au milieu bout une chaudière.-Tonnerre.
Entrent les trois SORCIÈRES.

PREMIÈRE SORCIÈRE.
Trois fois le chat tigré a miaulé.
 
DEUXIÈME SORCIÈRE.
Et trois fois le jeune hérisson a gémi une fois.

TROISIÈME SORCIÈRE.
Harper nous crie : «Il est temps, il est temps.»

PREMIÈRE SORCIÈRE.
Tournons en rond autour de la chaudière, et jetons dans ses entrailles empoisonnées. Crapaud, qui, pendant trente et un jours et trente et une nuits, Endormi sous la plus froide pierre, T'es rempli d'un âcre venin, Bous le premier dans la marmite enchantée




LES TROIS SORCIÈRES ENSEMBLE.
Redoublons, redoublons de travail et de soins :
Feu, brûle ; et chaudière, bouillonne.

PREMIÈRE SORCIÈRE.
Filet d'un serpent des marais, bous, et cuis dans le chaudron,
Oeil de lézard, pied de grenouille,
Duvet de chauve-souris et langue de chien,
Dard fourchu de vipère et aiguillon du reptile aveugle,
Jambe de lézard et aile de hibou ;
Pour faire un charme puissant en désordre,
Bouillez et écumez comme un bouillon d'enfer.

LES TROIS SORCIÈRES ENSEMBLE.
Redoublons, redoublons de travail et de soins :
Feu, brûle ; et chaudière, bouillonne.
 
TROISIÈME SORCIÈRE.
Écailles de dragon et dents de loup,
Momie de sorcière, estomac et gosier
Du vorace requin des mers salées,
Racine de ciguë arrachée dans la nuit,
Foie de juif blasphémateur,
Fiel de bouc, branches d'if
Coupées pendant une éclipse de lune,
Nez de Turc et lèvres de Tartare,
Doigt de l'enfant d'une fille de joie
Mis au monde dans un fossé et étranglé en naissant ;
Rendez la bouillie épaisse et visqueuse ;
Ajoutez-y des entrailles de tigre
Pour compléter les ingrédients de notre chaudière.

LES TROIS SORCIÈRES ENSEMBLE.
Redoublons, redoublons de travail et de soins :
Feu, brûle ; et chaudière, bouillonne.

DEUXIÈME SORCIÈRE.
Refroidissons le tout dans du sang de singe, Et notre charme est parfait et solide."








Sabbat


Il faut distinguer le sabbat des sorcières du Chabbat hébraïque. Au Moyen Âge, certains textes chrétiens de démonologie vont jusqu'à qualifier le sabbat des sorcières de « synagogue des sorcières » ou de « synagogue du diable », sans doute à cause de l'analogie entre les deux termes, mais aussi parce que les rites et usages juifs étaient alors méconnus et mal considérés (antijudaïsme). En réalité, Shabbath est le septième jour sanctifié par Dieu dans la Bible hébraïque. Il correspond au vendredi-samedi occidental, jour de repos pour le judaïsme : Shabbath commence le vendredi soir et s'achève le samedi soir.
Certains voient dans le mot sabbat un dérivé de Dionisio sabazius, d'autres de sabae (chèvre), d'autres encore, comme Margaret Murray, du verbe esbattre, dont la racine est commune aux langues romanes. Dans certains textes, le sabbat est effectivement appelé esba. Pourtant, on sait par la Bible qu'il vient du mot hébreu Shabbat dérivé probablement étymologiquement du chiffre 7. Celui-ci a une grande importance dans la Bible et les mythologies égyptienne et babylonienne, liées aux observations des astres. Sabbat serait la déformation de ce terme ; il conviendrait davantage de parler d'esba.

Le sabbat des sorcieres
 Francisco Goya

Selon la tradition, les contes, les légendes, le sabbat est célébré dans une clairière, une lande, à un carrefour, de nuit dans un endroit désert, près d’une source ou d'une fontaine, ou en un lieu offrant une particularité topographique, tel qu’un sommet de colline, un rocher ou un amas de pierres, ou encore un lieu connu depuis la préhistoire, comme un dolmen, ou simplement un grand arbre séculaire, toujours dans la nature et en contact avec elle . Les cultes des religions païennes n’ont rien à voir avec le satanisme : c’est le christianisme qui voudra y voir le diable, qu’il assimilera à ce que les anthropologues appellent le Dieu Cornu (peut-être le Cernunos des gaulois), divinité symbolisant la vie depuis les premières expériences religieuses des hommes et expression de la pensée magique au cours du paléolithique. Ce n’est qu’en 1303, dans un document où l’évêque de Coventry sera accusé de sorcellerie, que l’Église utilisera pour la première fois le terme de « diable » à propos du Dieu Cornu.

Un cercle de pierres à l'intérieur duquel ils ont exécuté une danse rituelle est la seule trace tangible laissée par les participants au sabbat. Cette danse, au paléolithique comme dans certaines sociétés traditionnelles contemporaines, devait sans doute conduire les participants à un état proche de la transe de type chamanique. À partir du néolithique, avec la naissance de cultes liés à l’observation des astres et leur adoration en tant que divinités, la danse en cercle, un flambeau en main, fait sans doute son apparition, mais les deux types doivent coexister, selon les cérémonies liées aux périodes de l’année.






La chasse aux sorcières

Les victimes
De vieilles femmes pauvres...
Qui furent les victimes ?
Des femmes, en majorité –huit sorcières pour un sorcier- et souvent des femmes âgées, de condition modeste, appartenant au monde rural.
Pourquoi tant de femmes, alors que les campagnes connaissaient vraisemblablement autant de guérisseurs que de guérisseuses, de jeteurs que de jeteuses de sorts?
La misogynie extrême des clercs, la détérioration de l'image de la femme dans le monde laïc, et enfin les délires des démonologues furent bien sûr déterminants. Sans doute est-il aussi vraisemblable que les femmes, au rôle social souvent lié à la maladie et à la mort (veillées des malades, accouchements, soins aux bébés, parfois, avortements), ainsi qu'à la préparation de la nourriture et des remèdes, pouvaient plus facilement être suspectées d'avoir donné la mort.
L'âge des victimes s'explique également en partie par le portrait robot diffusé par les démonologues ainsi que par les diverses représentations iconographiques de la sorcière diffusées par l'imprimerie. Un témoin de l'époque, cité par Candace Savage, déplore: " Chaque femme ayant un visage ridé, un front plissé, une lèvre poilue, une horrible dent proéminente et jaunâtre, un oeil torve, une voix aiguë ou une langue de vipère...n'est pas seulement une suspecte, elle est une sorcière". Il faut aussi souligner que les vieillards étaient souvent bien moins bien traités que l'on veut bien s’en souvenir... L'extrême dénuement, l'âge et son cortège de souffrances faisaient peur.
D'autre part, ces femmes furent souvent des veuves, c'est à dire des femmes vivant hors du pouvoir patriarcal, donc à priori plus suspectes, mais aussi plus seules, et plus vulnérables.



Pour Toutes Celles qui Moururent

Pour toutes celles qui moururent – nues, rasées, torturées.

Pour toutes celles qui supplièrent en vain la Grande Déesse
et se firent arracher la langue jusqu'à la racine.

Pour toutes celles qu'on piqua, tortura, brisa sur la roue pour les pêchés de leurs Inquisiteurs.

Pour toutes celles dont la beauté provoqua la fureur de leurs tortionnaires ;
et pour toutes celles dont la laideurs eut le même résultat.

Pour toutes celles qui, ni laides ni belles,
étaient seulement des femmes refusant de se soumettre.
 
Pour tous ces doigts agiles brisés sous la vis.

Pour tous ces bras graciles désarticulés.

Pour toutes ces sages-femmes tuées pour le seul pêché d'accoucher l'homme dans un monde imparfait.




Un résumé de 1533
relatant l’exécution d’une sorcière
accusée d’avoir brûlé la ville de Schiltach en 1531.

Pour toutes ces femmes sorcières, mes sœurs,
respirant plus librement quant les flammes les emportaient,
sachant, comme elles se dépouillaient de leurs corps féminins,
la chair desséchée tombant tel un fruit dans les flammes,
que la mort seule les blanchirait du pêché pour lequel elles mourraient
le pêché d'être née femme,
qui est davantage que la somme des ses parties.


De la Bulle apostolique contre l'hérésie des sorcières, (Innocent VIII, 1484)
   Innocent, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, en perpétuelle mémoire de la chose : Désirant de tout cœur, comme le requiert la sollicitude de Notre Charge Pastorale, que la foi s'accroisse et s'épanouisse partout et au dessus de tout en notre temps, et que toute perversion hérétique soit expulsée loin des frontières des fidèles, nous manifestons volontiers notre pieux et saint désir et nous accordons de nouveau les moyens de le mettre à exécution. Afin que toutes erreurs ayant été arrachées par l'action de notre ministère comme par la houe d'un ouvrier consciencieux, le zèle de la même foi et de sa pratique régulière soit plus fortement imprimé dans les cœurs des fidèles.
Récemment, en effet, il est parvenu à nos oreilles, non sans nous causer grande peine, que, en certaines régions de la Germanie supérieure tout comme dans les provinces, cités, territoires, districts et diocèses de Mayence, Cologne, Trèves, Salsbourg et Brême, maintes personnes de l'un et l'autre sexe, oublieuses de leur propre salut, et déviant de la foi catholique, se sont livrées elles mêmes aux démons incubes et succubes : par des incantations, des charmes, des conjurations, d'autres infamies superstitieuses et des excès magiques, elles font dépérir, s'étouffer et s'éteindre la progéniture des femmes, les petits des animaux, les moissons de la terre, les raisins des vignes et les fruits des arbres. Aussi bien que les hommes eux mêmes, les femmes, le petit et le gros bétail, et autres animaux de toutes espèces, les vignobles, les vergers, les prairies, les pâturages, les blés, les grains et plantes légumineuses. Elles affligent et torturent les hommes, les femmes, les bêtes de somme, les troupeaux de petit et gros bétail, par des maux et des tourments cruels, internes et externes. Elles empêchent ces mêmes hommes de féconder, ces mêmes femmes de concevoir ; les époux de rendre à leurs épouses et les épouses de rendre à leurs époux les actes conjugaux. Et la foi elle-même, qu'elles ont reçue en recevant le saint baptême, elles la renient d'une bouche sacrilège. Elles ne craignent pas de commettre encore et de perpétrer nombre d'autres crimes et excès infâmes, à l'instigation de l'ennemi du genre humain, pour la mise en péril de leurs âmes, l'offense de la majesté divine et le scandale d'un exemple pernicieux pour beaucoup.
Bien que nos chers fils - Henry Institoris et Jacques Sprenger -, de l'Ordre des Prêcheurs et professeurs de théologie, aient été déjà et demeurent délégués par lettre apostolique comme Inquisiteurs de la perversion hérétique - Henry pour la région susdite de la Germanie supérieure où se trouvent les provinces, cités, districts, diocèses et autres localités ci-dessus mentionnés ; Jacques pour certains territoires de la rive du Rhin .
Cependant plus d'un clerc et d'un laïc de ces régions, cherchant à en savoir plus qu'il ne faut, arguant de ce que dans nos lettres de délégation ni les provinces, cités, diocèses, districts et autres localités : ni les délégués eux-mêmes ni les excès visés n'étaient nommément indiqués et spécifiés, (ils) ne rougissent pas d'affirmer obstinément que pareils excès n'existent pas dans leurs régions et donc qu'il n'est pas licite à nos délégués de remplir le ministère d'Inquisition dans les provinces, cités, diocèses, districts et autres localités, et qu'ils ne doivent pas être autorisés à punir, incarcérer et corriger les personnes en cause pour les excès et crimes susdits. Et c'est pourquoi dans ces provinces, cités, diocèses, districts et localités, les excès et crimes de ce genre demeurent impunis, non sans danger évident pour les âmes et risque de leur éternelle perdition.
Nous donc, désirant comme il incombe à Notre Charge écarter du milieu (du chemin) tous les obstacles quels qu'ils soient qui pourraient retarder de quelque manière l'exercice de la charge des Inquisiteurs eux-mêmes et pourvoir par les remèdes opportuns à ce que la souillure de la perversion hérétique et autres excès de ce genre ne diffusent pas leur venin pour la perte des autres innocents : le zèle de la foi nous y poussant au plus haut point, afin de ne pas voir les provinces, cités, diocèses, districts et localités susdits de la région de Germanie supérieure manquer du nécessaire ministère de l'Inquisition : en vertu de Notre Autorité Apostolique, par les présentes (lettres), nous établissons qu'il est licite aux mêmes Inquisiteurs d'exercer le ministère de l'Inquisition et qu'il faut les admettre pour la correction, l'incarcération, la punition des personnes inculpées des excès et crimes susdits ; exactement en tout et partout comme si dans nos lettres précitées les provinces, cités, diocèses, districts et localités, ainsi que personnes et excès de cette espèce avaient été nommément spécifiés. Et pour une sécurité plus grande, nous étendons les lettres susdites et la délégation des Inquisiteurs sus-nommés aux provinces, cités, diocèses, localités, personnes et crimes ci-dessus mentionnés ; de manière que tous deux ou l'un d'entre eux, s'étant adjoint notre bien-aimé fils Jean Gremper- clerc du diocèse de Constance, maître-ès-arts modernes, ou tout autre notaire public mandaté par tous les deux ou l'un d'entre eux pour un temps, ils exercent leur ministère d'Inquisition dans les provinces, cités, diocèses, districts et localités susdits, contre toutes personnes de quelque condition et de quelque état que ce soit ; et que ces personnes reconnues coupables des crimes de ce genre, selon leurs démérites ils les corrigent, incarcèrent, punissent et châtient.
De plus, de par la même Autorité, nous leur concédons la faculté entière et libre, de proposer et de prêcher la Parole de Dieu au peuple fidèle dans toutes les églises paroissiales de ces provinces, autant de fois qu'il sera opportun et qu'il leur semblera bon, comme d'accomplir librement et licitement aux mêmes endroits et d'exécuter toutes autres choses et chacune qui en ce domaine leur sembleraient nécessaires et opportunes.
Néanmoins, à notre vénérable frère l'évêque de Strasbourg, par Lettre Apostolique, nous donnons mandat de faire lui-même, par lui-même, par un autre ou par d'autres, la promulgation solennelle de ces décisions, où, quand, et autant de fois qu'il le jugera opportun et qu'il en sera légitimement prié par les deux Inquisiteurs ou l'un d'entre eux. Et qu'il ne permette pas, à qui que ce soit et quelle que soit son autorité, contre la teneur des présentes lettres et des précédentes, de les attaquer à ce sujet ou de leur faire obstacle, de quelque façon que ce soit. Et pour ce faire, leurs persécuteurs, opposants, contradicteurs quels qu'ils soient et rebelles de tout ordre, état, position, primauté, dignité, condition, de quelque privilège d'exemption qu'ils soient munis : qu'il les accable par des condamnations, censures et peines d'excommunication, suspense et interdit ou autres plus redoutables (dont il est juge), tout droit d'appel leur ayant été enlevé. Et même qu'il prenne soin, dans les procès justement menés par lui en ce domaine, autant que ce sera nécessaire, de par Notre Autorité Suprême, d'aggraver et aggraver encore les justes condamnations, en appelant si besoin est au secours du bras séculier.
Nonobstant tous précédents, constitutions et ordinations apostoliques contraires... Que personne... Et si quelqu'un osait le faire, ce qu'à Dieu ne plaise, qu'il sache que sur lui tombera le châtiment du Dieu tout puissant et des saints apôtres Pierre et Paul.
Donné à Rome près saint Pierre, l'année quatorze cent quatre-vingt-quatre de l'Incarnation du Seigneur, le cinq décembre, de notre pontificat la première.
 
 
 
 

 Martin de France, Le champion des dames, 1451

Et pour parfaire nos connaissances: http://www.heresie.com/sabbat.htm




METEO
Plus de soleil, point de lumière,
Du gris, du noir ,de l'eau.
Silhouettes  des arbres dans la brume.
Hiver.



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